Le marché de l’emploi a retrouvé des couleurs au deuxième trimestre 2026. Selon les résultats de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026) publiée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage strict est passé de 10,8% à 9,5% entre le premier et le deuxième trimestre de l’année. Cette amélioration s’est accompagnée de la création de 279.000 emplois rémunérés, signe d’une reprise de l’activité économique. Pour autant, les tensions sur le marché du travail restent importantes, notamment chez les jeunes, les femmes et dans plusieurs régions du Royaume.
Cette enquête inaugure une nouvelle méthodologie conforme aux dernières normes de l’Organisation internationale du travail (OIT). Elle ne se limite plus au seul taux de chômage, mais intègre également le sous-emploi, la main-d’œuvre potentielle et plusieurs indicateurs permettant d’apprécier plus finement la situation réelle du marché du travail.
Un recul du chômage dans les villes comme dans les campagnes
Le chômage a diminué aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. En ville, le taux est revenu à 11,9%, contre 13,5% au trimestre précédent, tandis qu’il s’est établi à 5,4% dans les campagnes, en baisse de 0,7 point.
Le nombre de chômeurs au sens strict atteint désormais 1,12 million de personnes, soit 132.000 de moins qu’au premier trimestre. Cette baisse provient essentiellement des zones urbaines, où le nombre de demandeurs d’emploi a reculé de 108.000 personnes, contre 24.000 en milieu rural.
Les jeunes et les femmes restent les plus exposés
Malgré cette amélioration globale, certaines catégories continuent de subir de fortes difficultés d’insertion. Les 15-24 ans affichent toujours le taux de chômage le plus élevé, à 27,2%, même s’il recule de deux points sur un trimestre. Chez les 25-34 ans, le chômage atteint 14,5%, tandis qu’il descend à 5,7% chez les 35-44 ans et à 3,4% pour les personnes âgées de 45 ans et plus.
Les écarts entre les sexes demeurent également marqués. Le chômage touche 14,8% des femmes, contre 8,1% des hommes. Les deux catégories enregistrent une baisse de 1,3 point, mais le fossé reste important.
Le niveau de diplôme n’offre pas systématiquement une protection contre le chômage. Les diplômés de l’enseignement supérieur affichent même le taux le plus élevé (16,7%), devant les titulaires d’un diplôme intermédiaire (16%). À l’inverse, le chômage est limité à 3,8% chez les personnes sans diplôme.
Une participation en hausse et près de 279.000 emplois créés
La population active atteint désormais 11,76 millions de personnes, soit 147.000 actifs supplémentaires en trois mois. Le taux de participation progresse ainsi de 41,8% à 42,2% au niveau national.
Cette évolution s’explique principalement par la création de 279.000 emplois rémunérés, dont 187.000 en milieu urbain et 92.000 en milieu rural. Le taux d’emploi contre revenu gagne 0,9 point pour atteindre 38,2%.
Les hommes demeurent largement majoritaires sur le marché du travail, avec un taux d’emploi de 61,1%, contre seulement 15,4% pour les femmes. Les personnes âgées de 35 à 44 ans enregistrent le taux d’emploi le plus élevé (54,4%), tandis que les jeunes de 15 à 24 ans restent très en retrait, avec seulement 16,6% occupant un emploi rémunéré.
Les services restent le moteur de l’emploi
Le secteur des services demeure le principal pourvoyeur d’emplois au Maroc. Il concentre 5,25 millions de travailleurs, soit près de la moitié des emplois rémunérés (49,3%), et a généré à lui seul 166.000 nouveaux postes au cours du trimestre.
L’industrie a créé 47.000 emplois, le BTP 42.000, tandis que l’agriculture, la sylviculture et la pêche ont enregistré 28.000 postes supplémentaires. La structure de l’emploi reste toutefois contrastée selon les territoires : les services dominent largement dans les villes, alors que l’agriculture demeure le premier employeur en milieu rural.
Une sous-utilisation de la main-d’œuvre toujours élevée
Au-delà du recul du chômage, le HCP souligne que les besoins en emploi demeurent importants. En intégrant le sous-emploi et la main-d’œuvre potentielle, le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre atteint encore 18,9% à l’échelle nationale.
Ce taux grimpe à 41,7% chez les jeunes et à 26,7% chez les femmes, illustrant les difficultés persistantes d’accès à un emploi stable et satisfaisant. Plus de 527.000 personnes occupent un emploi insuffisant en termes de durée de travail, tandis que 711.000 personnes demeurent à la périphérie du marché de l’emploi.
Des disparités régionales toujours marquées
Les écarts restent également importants entre les régions. Dakhla-Oued Eddahab affiche le taux de participation le plus élevé du Royaume (59,2%), devant Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (46,8%) et Casablanca-Settat (46,7%). À l’inverse, Drâa-Tafilalet, l’Oriental et Souss-Massa présentent les niveaux de participation les plus faibles.
En matière de sous-utilisation de la main-d’œuvre, Laâyoune-Sakia El Hamra enregistre le taux le plus élevé (26,2%), devant Guelmim-Oued Noun et l’Oriental, alors que Dakhla-Oued Eddahab présente les indicateurs les plus favorables.
Si le deuxième trimestre 2026 confirme une amélioration de la conjoncture de l’emploi, le HCP invite toutefois à nuancer cette évolution. La baisse du chômage, la progression de la participation et les créations d’emplois traduisent une dynamique positive, mais les déséquilibres structurels demeurent. Les jeunes, les femmes, certains diplômés et plusieurs régions continuent d’être confrontés à un accès difficile au marché du travail, rappelant que le recul du chômage ne suffit pas, à lui seul, à répondre aux besoins réels en emploi.


